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Lizzie Crowdagger sera présente pour la Paris Games Queer. Elle nous proposera un atelier d'écriture interactive!


Lizzie Crowdagger est écrivaine. Au RESET on aime beaucoup son travail ! Elle était de passage à Paris en février dernier pour présenter son dernier roman, l'occasion pour Zora de lui poser quelques questions:

Comment veux-tu te présenter ?

J'ai commencé à écrire de la fiction à la fin de mon adolescence, quand j'ai commencé la fac, plus pour m'évader et imaginer des histoires qui me plaisaient que par prétention littéraire. Sinon je suis lesbienne, féministe, communiste libertaire, et ça joue sans doute aussi dans ce que j'écris et dans ce qui peut me «manquer» dans les histoires que je peux lire ou regarder.

Est-ce que donner des détails sur ta vie a un intérêt concernant ton écriture selon toi?

Je suis ambivalente là-dessus : d'un côté ça joue un rôle dans ce que j'écris, mon rapport à l'écriture, etc. De l'autre, quand tu fais partie d'un groupe minorisé, il y a vite des questions invasives, une volonté de voire une œuvre comme uniquement autobiographique, ou alors se retrouver un peu enfermée dans une catégorie. J'évite de trop donner de détails sur ma vie, il y a plein de choses que je n'ai pas spécialement envie de raconter publiquement pour ces raisons.

Pour autant, en lisant tes textes ça donne l'impression qu'il peut y avoir de toi dans les personnages : je t'imaginais en lisant tes textes: gauchiste, fan de grosses bagnoles et de camions, un peu skin, et libriste… est ce que tu pars de tes centres d'intérêt pour écrire? Est ce que tu en développe en écrivant ?

Je pense que je suis trop feignante pour passer beaucoup de temps à me renseigner sur des sujets qui ne m'intéressent pas un minimum, donc forcément mes centres d'intérêts vont avoir une certaine influence sur ce que j'écris. Ne serait-ce qu'à partir du moment où je me renseigne un peu sur un sujet et où il y a des trucs que je trouve cools, je vais plus tomber sur des choses où je vais me dire «tiens, ce serait intéressant de caser ça dans mon prochain bouquin». Après, il y a aussi des choses qui sont plus faciles que d'autres à inclure dans de la fiction (suivant le genre aussi : c'est plus dur de mettre une référence à Linux dans de la fantasy médiévale), donc ça donne quand même une vision déformée (je m'intéresse sans doute plus à la programmation qu'aux armes, mais dans une histoire «d'action» ça va être plus délicat d'en faire quelque chose de central) . Et effectivement, parfois c'est un peu dans l'autre sens : j'ai besoin d'une information pour l'intrigue, alors je vais commencer à regarder des choses sur le sujet et parfois y prendre goût.

J'ai particulièrement apprécié l'intrigue informatique (no spoil) qui concerne Sigkill dans “une autobiographie transsexuelle…”! Est ce que ce genre de ressort fait partie du genre dans lequel tu écris, l'urban fantasy, ou c'est plutôt le style polar qui intervient ? Et en règle générale, que préfères tu, en tant qu'écrivaine et en tant que lectrice ?

Pour le coup, pour ce passage, j'ai l'impression d'avoir tiré mes inspirations du registre de la science-fiction, et peut-être aussi de certaines œuvres de fantasy urbaine qui mélangent un peu science et magie. En tant que lectrice, je dirais que ça dépend, j'ai l'impression de beaucoup fonctionner par périodes : il y a des moments ou j'ai envie de ne lire que de l'urban-fantasy, d'autres où je vais me tourner vers des polars plus réalistes, là en ce moment je suis plus «SF avec des vaisseaux spatiaux», mais je ne sais pas combien de temps ça va durer.

Il pourrait y avoir un prochain roman avec des gouines nerd et vener dans l'espace ? (Un de mes rêves je dois dire)

“Pourrait”, dans l'absolu oui mais ça n'engage pas à grand-chose. J'avais eu un début de projet dans le genre, mais ça a jamais dépassé le stade de la nouvelle. Après, j'aimerais faire ça un jour… mais il y a beaucoup de choses que j'aimerais bien faire un jour 🙂

Tu mentionnes souvent des éléments de hack, crypto, et des OS libres dans tes textes: pourquoi ?

Ça rejoint un peu une réponse précédente : ça fait partie de mes centres d'intérêt et du coup j'ai tendance à vouloir caler ça dans ce que j'écris. Il y a des éléments qui s'y prêtent plus que d'autres (par exemple le hack et le piratage en général ça peut s'intégrer plus facilement à une intrigue et la faire avancer que, disons, quelqu'un qui développerait son propre éditeur de texte). Et puis je dois aussi admettre qu'en terme un peu d'«archétypes» j'aime bien les personnages de geeks, donc il faut bien les faire parler de trucs de geeks à un moment ou à un autre 🙂

Il me semble qu'il n'y a que des personnes adultes relativement jeunes (si les vampires peuvent entrer dans une catégorie d'âge, hum… ) ou en tout cas qui n'ont pas de traits correspondant à la vieillesse ou à l'enfance. Est ce par choix? Est ce parce que développer des personnages vieux ou enfants ne t'intéresse pas?

Pour les enfants, il y a peut-être un côté par facilité, parce que c'est pas évident d'écrire «bien» des personnages d'enfants, et comme j'avoue que j'en côtoie peu… Pour les personnages plus âgés c'est un peu moins vrai, il y en a quand même un peu plus dans mes écrits, même si ça reste souvent des rôles sans doute plus secondaires. Je pense que c'est surtout lié à la construction de l'imaginaire, disons que spontanément quand j'imagine un personnage qui va vivre et faire l'avancer l'action l'image qui me vient d'abord en tête ça va être un personnage plutôt jeune, valide, blanc… Et même en essayant de «déconstruire» certains trucs ou en ayant envie de mettre d'autres choses que ce que je vois habituellement (un crew de lesbiennes en protagonistes, par exemple), ça change pas que ça joue un rôle et que c'est dur de s'en défaire.

Si tu devais me recommander un roman ça serait quoi?

Je triche un peu parce que c'est pas «un» roman (mais je crois qu'il y a une version intégrale avec tout dans un seul livre) mais j'aime beaucoup les sorcières du Disque-Monde, de Terry Pratchett.

J'ai vu que tu avais développé tes propres logiciels pour t'auto éditer, peux tu m'en dire plus ? Globalement tu me sembles assez portée sur les logiciels et les licences libres, comment tu vois ça par rapport à ton travail d'écriture, à la propriété intellectuelle de ce que tu produis?

Je voulais un logiciel qui me permette d'écrire sans avoir à gérer la mise en page, les aspects typographiques (comme les espaces insécables) et qui puisse me convertir mes fichiers en PDF et EPUB (livre numérique). Malheureusement, les programmes existants étaient écrits par des anglo-saxons et ne prenaient pas en compte les règles spécifiques de la langue française, donc j'ai commencé à développer Crowbook, et aussi parce que ça m'amusait et que ça me donnait un projet de programmation un peu concret. Sur les licences libres, je n'ai pas une vision aussi tranchée de l'importance du libre pour le livre que pour le logiciel, il n'y a pas les mêmes impacts en terme de risques de sécurité ou d'atteinte à la vie privée que posent les logiciels propriétaires. Par contre, je pense qu'il y a des enjeux importants en terme d'accessibilité et de droit au partage : c'est quand même tant de gens se retrouvent à recourir au piratage pour pouvoir accéder à certaines œuvres (films, musiques, livres…). Par ailleurs je trouve que le droit d'auteur est trop (et inutilement) restrictif, particulièrement dans un pays comme la France où il n'y a pas l'équivalent du “Fair Use” américain. On prend souvent l'exemple des fanfictions (de facto illégales) mais ça englobe aussi beaucoup d'autres choses : par exemple, si dans un de mes romans, un personne fredonne les paroles d'une chanson, je risque d'avoir des problèmes. Les licences libres, ça permet de sortir un peu de ce système, et de permettre l'accessibilité et le partage. Après, la difficulté c'est d'essayer de concilier ça avec le fait que j'essaie de gagner un peu d'argent avec ce que j'écris.

D'ailleurs, tu as ouvert un tipeee, tu obtenais assez de fric, tu pourrais probablement vivre de ton écriture, est-ce ce que tu souhaites ?

Pour ce qui est de « vivre de l'écriture », je ne sais pas trop. En soi je crois que j'aimerais autant avoir un taf correct, qui ne me plombe pas trop moralement, et qui me laisse la possibilité (en temps et en énergie) de faire des choses à côté, y compris l'écriture. La question se pose différemment parce que ça fait des années que je suis au chômage, que le RSA c'est difficilement suffisant pour vivre, et du coup évidemment j'aimerais bien que l'écriture me permette d'avoir un revenu suffisant pour vivre confortablement. Donc oui, là j'aimerais bien pouvoir « en vivre », mais je vois pas vraiment ça comme un idéal non plus.

Puisqu'il est question de vivre sa vie, est ce que tu as envie de me dire à quoi ressemble ton​ quotidien?

Je sais pas trop ce qu'il y a à dire, c'est pas vraiment passionnant, c'est surtout passer des journées sur mon canapé devant mon ordi, à essayer d'écrire ou parfois à programmer ou d'autres tâches plus ou moins liées à tout ça. C'est aussi pour ça que je vois pas forcément le fait de vivre de l'écriture (et plus généralement le travail à domicile) comme un idéal (même si sur plein d'aspects c'est aussi attirant), parce que dans la société actuelle la socialisation passe quand même beaucoup par le lieu de travail et que de fait je trouve qu'il y a un effet un peu désocialisant et qui peut donner un sentiment d'isolement. Et en même temps c'est aussi une liberté de pas avoir à se coltiner un patron ou (au hasard) la misogynie des collègues au quotidien. Heureusement, j'ai d'autres choses dans la vie et d'autres activités que l'écriture, mais dans les périodes un peu intenses où ça prend le pas sur le reste j'ai parfois un peu l'impression de vivre dans une grotte. Bon, après il y a les quelques rencontres avec des lectrices et lecteurs, en librairie, convention ou ailleurs, qui casse un peu la routine, mais ça reste plus exceptionnel qu'autre chose. Après voilà d'un autre côté je suis pas non plus en mode “intensif” tout le temps (et je pourrais pas), et ça fait aussi qu'il y a plein de moments où je peux me permettre d'aller voir des potes, ou à une manif, ou … en journée, en plein milieu de la semaine, sans avoir à me préoccuper de contraintes horaires. En fait c'est un peu dur de parler de “quotidien” parce que comme y'a pas vraiment de séparation “travail/loisir” j'alterne un peu entre des périodes “pépères” et des périodes (notamment en approche de deadline) où je n'ai plus aucune vie. J'imagine que les gens plus expérimentés dans ce genre de choses essaient de se fixer des contraintes pour homogénéiser un peu tout ça, mais pour l'instant je n'y arrive pas vraiment 🙂

Est-ce que tu te verrais écrire un livre dont vous êtes l'héroïne ? Et plus globalement, est ce qu'il y a des formes de narration que tu as envie d'explorer ?

Ben j'avais fait des “mini livres dont vous êtes le héros” quand j'étais ado, j'ai aussi un peu joué avec des trucs de fiction interactives (Twine), donc dans l'absolu pourquoi pas, après j'ai l'impression que ça demande des compétences un peu différentes. Après des formes à explorer, je sais pas trop, j'aimerais bien bosser sur des jeux vidéos par exemple mais je suis trop solitaire pour ça je crois 🙂

Concernant le féminisme et les combats politiques de genre, comment tu te situes?

J'essaie de m'impliquer quand je peux dans certaines luttes féministes ou LGBT, et aussi de faire en sorte que les espaces militants mixtes auxquels je participe soient plus égalitaires, notamment sur des trucs de rapport à la parole, répartition genrée des tâches, etc.

Il y a pas mal de mouvement ces derniers temps autour de la sécurité des femmes en ligne, est ce un sujet qui t'intéresse ? Comment protèges tu ta vie privée en ligne ?

Qui m'intéresse, oui, après j'avoue que j'ai plus regardé des trucs un peu collectifs, comment des organisations peuvent en sorte de réduire les problèmes de sexisme en leur sein, notamment j'avais suivi un peu ce que faisait l'ADA Initiative dans le domaine de l'open-source. Pour ce qui est de se protéger, j'essaie surtout de pas mettre trop d'informations sur moi (ce qui est compliqué avec un profil un peu public maintenant), et puis surtout c'est malheureux mais j'évite complètement certains espaces. À un moment ma solution c'était de prendre un pseudo qui n'indiquait pas que j'étais une meuf sur certains espaces (notamment discussion logiciels libres), maintenant ça me soule et je préfère m'impliquer (le terme est un peu fort parce que je ne fais pas grand chose non plus) dans des espaces qui mettent un minimum de choses en place pour que ce soit vivable pour les meufs, comme avoir un “code of conduct” un peu claires sur les questions du harcèlement.

Chelsea Manning a été libérée récemment, si tu avais un truc à lui dire ça serait quoi?

OMG trop bien d'avoir fait la promo du langage Rust” 😛 Plus sérieusement, que je suis évidemment très contente qu'elle soit enfin libre, et de pas hésiter à prendre du temps pour elle, après ce qu'elle a vécu.

Si tu venais animer un atelier au RESET ça serait quoi? 🙂

J'aimerais bien parler du langage Rust, parce que j'aime beaucoup, après c'est peut-être un public un peu restreint et pas le top niveau accessibilité. Sinon en plus accessible, peut-être sur le format Markdown et pourquoi je trouve ça cool.


Finalement, ça sera un atelier avec Twine, et ça sera le 5 novembre 🙂 (mais on est grave emballé·e·s pour les autres projets de Lizzie aussi!)

Pour en lire plus, tu peux visiter son site Tu peux aussi lire ses zines et t'abonner à son tipeee Et certains de ses livres sont disponibles dans notre bibliothèque!

Illustration: @FastnFuryan

ateliers/queergames/parisgamesqueer/crowdagger.txt · Dernière modification: 2017/10/29 18:17 par zora